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ALEXANDRU TZIGARA-SAMURCAŞ

Se naşte la 4 aprilie 1872, în Bucureşti, într-o veche familie de mici boieri. Liceul îl face la Bucureşti. În 1892 este numit „custode preparator" la Muzeul de antichităţi, condus de Grigore Tocilescu. În 1893 pleacă la studii în Germania, la Universitatea din Műnchen, sprijinit de Regele Carol I, la sfaturile lui Al. Odobescu. Aici studiază istoria artei. Întors în ţară, demisionează de la Muzeul de antichităţi şi-şi continuă studiile, plecând în Franţa şi, din nou, în Germania, preocupat fiind de muzeografie. Îl are ca îndrumător pe Wilhelm von Bode, reformator al muzeelor berlineze.

După terminarea studiilor, este numit bibliotecar,apoi director la Fundaţia Carol I şi profesor la catedra de istoria artei şi estetică la Şcoala de Arte Frumoase din Bucureşti .

La 1 octombrie 1906 Al. Tzigara-Samurcaş este numit director al Muzeului etnografic, de artă naţională, artă decorativă şi artă industrială, devenit, în 1915, Muzeul de artă naţională Carol I. Noul muzeu funcţiona temporar în clădirea fostei monetării a statului din Şoseaua Kiseleff nr.3, pe locul unde fusese palatul domnitorului Nicolae Mavrogheni. De la început, Al. Tzigara-Samurcaş îşi organizează muzeul pe baze ştiinţifice moderne. Achiziţiile pe care le face duc la sporirea considerabilă a colecţiilor, punctul forte fiind expunerea pavilionară a casei lui Antonie Mogoş din Ceauru, jud. Gorj.

Începe o luptă neîntreruptă pentru obţinerea din partea autorităţilor a fondurilor necesare ridicării noului local (cel actual), la ale cărui planuri a colaborat cu arhitectul N. Ghica-Budeşti. În acest scop, el scrie numeroase articole în presă, pe care le va strânge mai târziu, în 1936, în cartea sa, „Muzeografie românească”. La 30 iunie 1912 se pune piatra fundamentală a noii clădiri a Muzeului. Construcţia a suferit numeroase întreruperi, fiind definitivată abia în 1941.

În toată perioada cât a fost director al Muzeului, Al. Tzigara-Samurcaş a depus o activitate prodigioasă, legată şi de celelalte importante funcţii pe care le-a îndeplinit: director al Fundaţiei Carol I şi profesor de istoria artei şi estetică la Cernăuţi. Scrie articole din cele mai variate domenii, lucrări de specialitate, între care arta populară ocupă un loc de frunte, ţine conferinţe la radio sau la Ateneu, participă la congrese şi expoziţii internaţionale. Al.Tzigara-Samurcaş devine un nume de referinţă în domeniul care l-a consacrat.

Situaţia se deteriorează după al doilea război mondial, când autorităţile comuniste îl alungă în 1948 de la conducerea Muzeului. Bătrân, bolnav şi umilit peste măsură, Părintele muzeului de la Şosea moare la 1 aprilie 1952.

Scrisoare deschisă către Muzeul Țăranului Român




Bruxelles, le 25 février 2018



Chère Lila Passima,


J'ai appris par la presse que vous-même et le Musée du Paysan Roumain (M.T.R.) dont vous êtes directeur intérimaire, aviez fait l'objet d'attaques venant de mouvements d'extrême-droite, suite à la projection de deux films au Cinéma du musée, l'un portant sur les homosexuels, l'autre sur un quartier pauvre de Bucarest.

Semblables attaques du M.T.R. par l'extrême-droite, ne sont certes pas les premières. Mais de tels incidents se multiplient un peu partout en Europe et dans tous les domaines où sont favorisées l'ouverture et la tolérance aux autres valeurs que celle de la vieille Europe chrétienne.
Un exemple récent et non le moins inquiétant de tels positionnements politiques, est l'appel de Viktor Orban à une nouvelle alliance des pays d'Europe centrale contre l'immigration et pour la sauvegarde de la chrétienté (La chrétienté est le dernier espoir de l'Europe) . Pauvre illusion qui veut encore croire ou faire croire que construire des murs et rejeter l'altérité constituent le seul salut de l'occident!

Pour ce qui concerne ces manifestations contre un musée dont j'ai suivi les péripéties depuis la naissance dans l'enthousiasme de l'après 1989, je tenais à vous envoyer cette lettre ouverte, d'autant que ces événements nous concernent tous, bien au-delà des frontières de la Roumanie et de leur expression spécifique, liée à une histoire où le "paysan" occupe un place qui lui est propre. Mais il n'est pas inutile de se souvenir de cette histoire pour affronter de telles dérives idéologiques que l'on croyait d'un autre âge!
En effet, lorsqu'on voit resurgir, aujourd'hui, les discours de haine vis-à-vis de tout ce qui fait référence à des valeurs humanistes, on ne peut s'empêcher de penser que cette haine a des précédents. Rien de vraiment étonnant si le mouvement dénommé Fràtia ortodoxà (une appellation éloquente!), vous ait pris pour cible de ses attaques. Que l'on pense, en effet, à l'instrumentalisation qui a été faite de ce pauvre "Paysan roumain" dans l'histoire du pays depuis la création de l'Etat-nation "Roumanie" (un trait d'ailleurs partagé avec vos voisins d'Europe centrale et balkanique). Cette première mobilisation de l'image du paysan, fondement de la nation, s'est faite, comme on sait, lors du "Printemps des peuples" (1848) autour d'un projet qui visait à instaurer une démocratie en se libérant du joug de puissances oppressives, et à affirmer la valeur de la "culture du peuple" en recueillant la parole de cette paysannerie oppressée.

C'est malheureusement un projet beaucoup moins démocratique qui va animer les mouvements d'extrème-droite de l'entre-deux-guerre qui servent encore de références aux agitateurs d'aujourd'hui. Si La Légion de l'archange saint Michel de sinistre mémoire (voire son aile la plus radicale, la Garde de Fer), s'étaient appropriée le manteau de bure paysan (suman), c'est, comme vous le dites, la chemise paysanne qui sert de tenue de référence à ces agitateurs d'aujourd'hui. Une chemise telle qu'on peut en voir au sein du M.T.R.. Se parant ainsi des attributs d'une paysannerie surannée, ces nostalgiques d'une époque où sévirent des discours d'un fanatisme impressionnant n'hésitent pas à s'approprier la figure de Horia Bernea lui-même. Une telle dérive se trouve, bien entendu, favorisée par sa filiation avec un père, Ernest Bernea, éminent ethnologue que n'épargna pas la tentation d'adhésion au mouvement légionnaire des années 1930, ce qui lui valu de nombreux séjours en prison jusqu'en 1962 . Ajoutons à cela une dimension mystique de l'artiste Horia Benea qui fut directeur du M.T.R. dès 1990, et l'on comprendra combien il est aisé à un milieu intellectuellement malhonnète et souvent peu instruit de ce dont il parle, d'accuser ce musée de trahison vis-à-vis de son fondateur "en le sortant de son contexte", comme vous le soulignez également.
Dans ce discours de haine qui brandit la bannière de l'orthodoxie figurée par un paysan éternel, c'est la part de l'ombre de cette roumanité ancrée dans son terroir (les bàstinasi, Roumains "de souche" ), qui resurgit face à l'angoisse de la mondialisation, la perte de repères qui fait remonter la barbarie et menace les valeurs de la démocratie: Nous étions une bande de désespérés au coeur des Balkans écrit Cioran pour se justifier de sa dérive de jeunesse.

Mais revenons à l'attaque récente du MTR. S'agissant, par vocation, d'un lieu de mise en scène de la figure du Paysan roumain, on a rappelé combien l'espace même du musée a été un enjeu idéologique voire politique depuis sa création . A sa fondation, au début du XXe s., le musée y célèbre ce paysan qui devient la référence autour de laquelle s'érigent les valeurs de la jeune démocratie . Puis, après l'épisode communiste (où les locaux du Musée du Paysan deviennent ceux du Musée du Parti), les lieux sont réinvestis pour connaître une renaissance exceptionelle, grâce à l'enthousiasme d'une équipe qui émerge directement du mouvement révolutionnaire de décembre 1989.

Deux personnalités vont marquer le nouveau projet du musée: l'artiste peintre Horia Bernea et l'ethnologue Irina Nicolau qui, avec d'autres collègues de l'Institut d'ethnographie et folklore (je pense, notammnt à Ioana Popescu) , rejoint la nouvelle équipe. La collaboration de ces deux personnalités sera à la base de la mise sur pieds de ce nouveau musée entièrement repensé. Les questions à résoudre sont nombreuses: quel musée pour quel paysan, aujourd'hui? L'originalité de la réponse viendra de cette alliance peu problable entre un artiste et une ethnologue d'exception. Elle sera proprement révolutionnaire et ne suscitera pas que des approbations.

Pour qui ne regarde qu'à la surface des choses, le "Musée du Paysan" peut paraître comme la prolongation d'une idéologie "national-paysanne" ( y compris durant une bonne part de la période communiste), véhiculant un même discours sur le "paysan idylique". Pourtant, il n'en n'est rien. Car le tandem Bernea-Nicolau ( dont on a sous-estimé l'importance du deuxième terme) fonctionnera de manière remarquable: à l'artiste Bernea de renouveler la conception esthétique de la muséographie du MTR. A l'ethnologue d'y renforcer l'ouverture sur la société actuelle, par des moyens pédagogiques réinventés, eux aussi . Leur disparition, à deux ans de distance, (2000 et 2002), va laisser une équipe orpheline de ces deux piliers créateurs; ce qui va avoir pour conséquence d'amplifier les dissentions au sein du musée mais aussi face au monde extérieur.

Et c'est ainsi que vous voilà, chère Lila Passima, confrontée à un moment "critique", au sens littéral du mot: le bâtiment du MTR, a été entièrement vidé de son contenu pour consolidation et rénovation. En tant que directeur (intérimaire) de cette institution, il vous revient à vous et à votre équipe, de re-créer, une fois encore, ce lieu hautement symbolique, en tenant compte du passé et aussi d'une histoire récente et peu banale: celle de la muséification d'un moment révolutionnaire qui fait l'originalité et la richesse de ce lieu. (Autant de questions importantes que vous abordez dans votre entretien.

Ce moment-charnière pour le musée est un moment de passage. Et qui dit passage, dit danger, fragilité, obstacle à franchir... C'est le moment que choisissent les démons de l'extrème-droite roumaine pour, à nouveau, vous attaquer. Et ils visent large en attaquant ces lieux du musée crées comme espaces d'ouverture au monde actuel et à ses divers modes d'expression artistique. Des endroits de rencontres qui veulent mettre en dialogue le monde paysan du passé avec la société actuelle, paysanne et urbaine . Par leurs actions aussi bruyantes que caricaturales, ces ultra-ortodoxes pensent, comme vous le dites, que "si l'on revêt une chemise paysanne, qu'on lit des prières et qu'on entonne des chants religieux, on protège la pureté du paysan roumain et du peuple millénaire"! Ces semeurs de troubles veulent ainsi détruire l'esprit d'ouverture d'après 1989, en allant rechercher leurs références dans la période interbellique la plus tourmentée et la plus critiquable .

Pour conclure, chère Lila Passima, par ces propos, j'ai voulu vous dire combien ce que vous subissez aujourd'hui n'est pas un fait isolé. Tous ceux qui veulent défendre les valeurs de la démocratie contre les dicours populistes et obscurentistes ne peuvent que se sentir concernés par ces attaques. Voilà pour ma part, ce qui justifie cette trop longue lettre ouverte que je vous adresse pour vous souhaiter, à vous et à votre équipe du MTR, tous mes voeux de réussite dans la difficile entreprise dans laquelle vous vous êtes engagée.

Marianne Mesnil


  




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